MARKA en quelques mots

Plus bruxellois, tu fais difficilement. Dans 300 ans, quand les historiens se pencheront sur ce qu’a pu être l’esprit de cette ville autour du 21e siècle, ils auront tout ce qu’il leur faut avec Marka. Et son œuvre passera, enfin, à la postérité. Ou pas. Chanceux comme il est, trente secondes avant que les historiens en question tombent sur le coco, un tsunami emportera les derniers disques durs sur lesquels figuraient ses chansons. Et il restera, à jamais dans l’oubli. C’est con. C’est souvent comme ça avec lui, mais c’est con.

Parce que Marka, ancien bassiste des mythiques Allez Allez, est un artiste sincère, passionné et plein de talent. Et un peu poissard aussi. En 1995, quand Accouplés commence à percer en France, l’attentat du métro parisien scelle prématurément son sort: jugé trop « arabo-andalou » dans ses sonorités, le single est prié de rentrer se coucher à Bruxelles, dans la pochette de son CD. En juin 2002, il sort un single chez Inca Music… qui fait faillite deux mois plus tard, emportant son album visiter les limbes de la non-distribution. Et ainsi de suite… Depuis, comme il en rigole lui-même, il a « préféré rester confiné en Belgique ». Ça ne l’a pas empêché d’emmener sa guitare aux quatre coins du monde pour des concerts toujours très festifs, mais, disons que Marka n’a pas eu en musique la baraka qu’il a eue en descendance : quand les deux mioches, Angèle et Roméo Elvis, remplissent des stades en météorites, le daron continue à tourner dans des petits machins. Sans jamais rien lâcher. Parce que les passionnés ne lâchent jamais rien. La preuve avec ce nouvel album Terminé bonsoir.

Un retour en français, osé donc, compte-tenu du succès des gamins, mais un retour réussi. On est sur un vrai feel-good album, truffé de chansons pop-folk bien foutues (Avant d’être moi – Ne me le dites pas), de ballades touchantes (Avant après – Des hauts, des bas – En bas) de deux ovnis dansants (Tu es formidable, Poulette). Le tout baignant dans une sauce sincère, humble et attachante. Ça fait du bien. Dans Le Daron, Marka évoque ainsi la progéniture, celle qui s’est accaparée quasi toute la lumière de la famille. Et il le fait sans tricher.

Puis, il y a ce titre, Si demain je reviens, aux influences reggae. La chanson s’ouvre sur des mots prémonitoires : « Si demain tu reviens, faut vraiment que ce soit bien… ». Et c’est bien ! Je ne le dis pas uniquement parce que c’est mon copain. Dans le clip, on voit même se dodeliner l’impeccable Mamy Pilou, maman de notre touche-à-tout, qui prouve ici que dans 300 ans, quand les historiens se pencheront sur ce qu’a été l’esprit de Bruxelles, ils feraient bien d’attraper les Van Laeken. Avant le tsunami.